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(18 Mars)

 


Sud-Ouest le 19 Mars 2006 - www.sudouest.com

TOCADERE. -- Jacques a fabriqué les médailles que porteront les intronisés ce soir

Mécano-sculpteur au grand coeur

: Gaëlle Richard

« Tu vois, chaque médaille est unique. Je les taille dans du vergne, un bois rare qui pousse au bord de l'eau et avec lequel on fait les sabots ». Dans son garage du boulevard Saint-Jacques, Jacques Calmels trace au crayon noir, minutieusement, le nom de chaque intronisé au verso de la médaille ronde. Ce soir, l'ancien garagiste de la marque italienne sera l'un des trois « Grands Chambellans » du trente-quatrième chapitre de la Tocadère, flanqué d'Alain Pinson et de Guy Leberre. Il revêtira, comme chaque année depuis trente-quatre ans, son habit de lumière, sorti tout droit des temps anciens. Le tablier noir surmonté du foulard à carreaux, bâton des anciens gardiens de vaches et le béret dont il ne se sépare jamais. « Hé, té pardi, je suis gascon ! » Sous sa coiffe, l'ancien jette un regard malicieux. Toujours souriant, prompt à écouter les autres autant qu'à discuter, jamais le dernier à la taquinerie, Jacques Calmels a passé sa vie à Condom, boulevard Saint-Jacques exactement. Le plus long déménagement qu'il ait eu à subir fut... de traverser la rue, pour habiter juste en face de l'église. Le quartier de La Bouquerie l'a vu naître, grandir, travailler, fonder sa famille et profiter de sa retraite.


Le garage du maquis. « Au pied de l'église, en 1939, on jouait avec les enfants espagnols qui venaient d'arriver, se souvient le tendre Gascon. Ce soir de 1943, où les Allemands sont arrivés à Condom, à dix heures sous l'orage, ils ont réquisitionné le garage de mon père où les maquisards venaient faire réparer leurs véhicules ». Plus tard, les parents l'envoient à l'école de mécanique, en pension à Tarbes. « Pendant quatre ans, ils m'ont imposé d'avoir douze de moyenne. Je les ai eu sans que cela ne m'empêche de faire quelques conneries ». Le jeune Condomois apprend le travail du bois, la forge, le tour, la soudure et le dessin industriel. Des arts qu'il manie aujourd'hui pour « s'exprimer ». Durant les dix-huit mois de service militaire à Casablanca, au Maroc « à vingt ans, je rêvais de voir du pays » il se trouve en charge du parc automobile militaire « pour toute l'Afrique du nord ». Inscrit, en civil, dans l'équipe de rugby de « Casa », il a fallu lui forcer la main pour franchir les grades. « Je n'avais pas très envie de devenir sous-officier, je préférais rester avec les copains ».


A Casablanca. Malgré « un très bon souvenir de l'armée » où il se sentait « protégé », le bonhomme rentre en Gascogne. Il écarte une carrière militaire pour participer à l'entreprise familiale. « J'avais une dette envers mes parents. Ils se sont privés pour m'offrir des études, pour bâtir mon avenir ». Avec son père et son frère, Guy, il poursuit l'affaire. Son chemin croise celui de la douce Marie qui devient sa femme. Naissent Thierry et Nathalie.
Son incessant « besoin de crayonner », a amené le mécano à créer le CAMAC, centre d'activités manuelles, avec les Levadoux, professeurs d'arts plastiques. Puis le maire Jean Dubos l'a invité à siéger au bureau de ce que l'on appelait le « Syndicat d'initiatives ». Jacques Calmels passe treize ans au service du tourisme, auxquels il en cumule vingt au sein de la Chambre de commerce et d'industrie du Gers. « J'avais envie de faire des choses pour Condom ». Les Condomois ont peut-être oublié qu'il s'est présenté aux municipales de 1971. « Ils n'ont pas voulu de moi, alors j'ai fait autre chose », sourit le président des Amis de la Bouquerie depuis plus de trente ans. Autre chose comme la semaine commerciale où les commerçants avaient installé des pyramides égyptiennes ou la statue de la Liberté, place Saint-Pierre; les « bals tournants », itinérants, qui faisaient guincher les Condomois. « Dans les années soixante-dix, nous, « les vieux », nous sommes greffés au comité des fêtes de La Bouquerie avec les « jeunes » comme Alain Pinson, Jean-Pierre Darmagnac, Michel Bousquet et Pierre Landat ».


L'époque des fêtes. Mais les minots de l'époque aujourd'hui à la retraite avaient bien plus d'idées de fêtes que la législation française ne pouvait tolérer. « C'est pour contourner la limitation du nombre de manifestations par association que nous avons dû créer les Amis de La Bouquerie, à côté du comité des fêtes ». Ainsi s'est déroulée l'époque qui rend nostalgiques tous les Condomois des rallyes déguisés, des courses de pédalos sur la Baïse, des courses de canards : « On lançait des canards dans l'eau et l'on se jetait à leur poursuite. Le premier qui ramenait un palmipède sur la rive avait gagné ». Marie sourit : « Ah... qu'est-ce que l'on a pu s'amuser ». Le président des Amis de La Bouquerie a également fait partie de la fine équipe qui a lancé le Festival de bandas, devenu pour lui, aujourd'hui « plus un spectacle qu'une fête ».
En 1996, la vie active libère le mécanicien qui conserve son garage pour y sculpter, peindre, souder et dessiner. Il expose ses tableaux de bois et de cuivre dans la région, notamment à Toulouse et sur le bassin d'Arcachon.
Ce soir, tous les intronisés de la Tocadère porteront à leur cou la médaille de bois gravée des cartes à jouer, symbole ludique de la Bouquerie. Un tronçon de vergne près du coeur.

« On lançait des canards dans l'eau et l'on se jetait à leur poursuite. Le premier qui en ramenait un avait gagné »